Musicothérapie : entre soin, bien être et fausses notes

Par Alexandre Desgué

La musicothérapie apparaît depuis quelques années comme une solution miracle. Mais difficile de s’y retrouver entre démarche sérieuse et pratique frauduleuse. 

La musique, un soin pour certaines pathologies

Le son des touches d’un piano, un petit xylophone, une flûte, un tambourin. Nombreux sont les instruments que Katalin Varkonyi rassemblent dans son appartement de Charenton-Le-Pont. Cette chanteuse lyrique professionnelle et professeur de musique a récemment suivi une formation en musicothérapie à l’hôpital Saint-Anne à Paris. Une pratique qui utilise la musique comme méthode ré-éducative sur des personnes souffrant de troubles mentaux, sociaux ou physiques.

« Pour moi, apprendre la musique, c’est une thérapie pour soi », explique la musicienne, en montrant divers instruments. « J’enseigne depuis quelques années à un garçon qui a un syndrome de Williams,  une sorte d’autisme. Progressivement, il y a une relation thérapeutique qui s’est instaurée. Je vois l’utilité de pouvoir donner les clés nécessaires à la personne pour qu’il communique au travers d’un instrument »

De nombreuses recherches menées ces dernières années ont montré l’impact de la musique sur le cerveau. La musicothérapie est une technique utilisée pour des maladies comme l’autisme ou l’Alzheimer. A Guérard, une commune de Seine-et-Marne, Catherine Doyen Julien a ouvert son cabinet libéral. Cette musicienne passionnée, ancienne institutrice, a repris un master en psychologie et écrit un mémoire sur l’autisme.

« Dans le cas de l’autisme, la musique joue un rôle de canalisateur »,  raconte Catherine Doyen. « Elle permet au malade d’interagir socialement, de s’exprimer, de faire part de ses émotions. Mais la relation avec le thérapeute demeure primordiale. »

On distingue deux applications distinctes, de la musicothérapie, une active et une réceptive.  Dans la première, l’intervenant travaille la pratique instrumentale en groupe ou en individuel. Elle favorise une expression de soi,  la communication ou encore la socialisation.  Le soin réceptif est utilisée pour la douleur, l’anxiété et la dépression.

Artiste ou psychologue  

L’utilisation de la musique est pratiquée par des intervenants aux profils divers comme des psychologues ou des artistes. Pour Hervé Platel, chercheur émérite en neurosciences à L’Université de Caen, la connaissance en médecine prime.  Il faut avant tout que le musicothérapeute soit formé aux techniques spécifiques en fonction du trauma ou de la pathologie traitée. Ainsi il peut s’adapter aux  objectifs thérapeutiques du patient avant même d’être musicien.

Il existe cependant quelques diplômes dédiés. En 2011, l’Université Paris Descartes (V) a créé un Master spécialisé en musicothérapie.  Ce master « Création artistique » est précurseur en France. Anthony Brault, psychologue clinicien et musicothérapeute  y dispense des cours.

« Il y a quelques années, le gros des étudiants avaient un cursus en psychologie. La musicothérapie les permettait d’ajouter une corde à leurs arcs. Récemment, on a vu arrivé beaucoup d’élèves issus de formation artistique ». Pour M. Brault, la pratique de la musique en amateur ou à titre professionnel, est indispensable mais n’est pas suffisante pour exercer.

Lors de sa formation à Sainte Anne, Katalin Varkonyi était la seule à être artiste. Et elle ne partage pas la façon de penser de certains psychologues : « Je refuse de parler de « patient » et de « thérapeute ». Tout comme je déteste parler de « élève » et de « professeur » lorsque je donne des cours. Cela implique de dire que la personne est malade et ne peut pas évoluer. Pour moi la musicothérapie peut être une fin en soi. »

Musicothérapie : le serpent se mordrait-il la queue ?

Si la formation comme celle de Paris Descartes est reconnue par l’Etat, il n’en est pas de même pour le métier de musicothérapeute. Pour Katalin Varkonyi, il y a une déstabilisation venant des praticiens psychologues : « Ils en font avant tout une affaire de soin avant un bien-être.  Je pense au contraire qu’il faut passer par le bien-être et ensuite cela induira le soin. De plus, j’ai trouvé qu’il y avait une certaine frilosité à assumer la pratique d’art thérapeute. »

Ce flou favorise les dérives et les pratiques douteuses. Comme des tarifs trop onéreux ou un personnel non qualifié pour la musicothérapie. A l’heure du stress au travail, certaines entreprises s’adonnent aussi à la pratique dans le but de relaxer leurs employés.  Pour s’y retrouver, La Fédération française de musicothérapie recommande cinq centres délivrant des diplômes ou des certifications. Ce registre national, disponible en ligne, permet de choisir un musicothérapeute en toute sérénité. Pour Anthony Brault, psychologue, il ne faut pas tout confondre :

« La musicothérapie est avant tout un soin. Il ne faut pas non plus tomber dans l’ésotérisme. L’absence de réglementation dans l’art thérapie crée des abus. Nous sommes dans une société où le bien-être prime.  Mais il ne faudrait pas que cela joue en notre défaveur et décrédibilise les recherches que l’on mène sur l’impact de la musicothérapie. »

Sans statut officiel, les musicothérapeutes en activité se retrouvent souvent en situation de précarité. Ainsi Anthony Brault a suivi une formation de psychologue clinicien afin de bénéficier d’un statut.

Le manque de reconnaissance du métier pourrait être aussi une affaire d’argent. M.Brault explique : « Pour l’instant, un musicothérapeute est payé comme un infirmier. S’il bénéficiait d’un statut officiel, il gagnerait un salaire plus élevé. »  Artiste ou psychiatre, tous se retrouvent sur le même constat. L’apport des études en neurosciences sera capital pour asseoir cette spécialité.

Site de La Fédération Française de Musicothérapie

Site de Katalin Varkonyi

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